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Au fil de l’Allier : le carnet de voyage – juillet 2009

L’IDEE DU PROJET

Amoureux de notre région natale, l’Auvergne ; nous aimons la découvrir et la redécouvrir au fil des saisons… Que ce soit à pied, en vélo, en ski, en kayak…, les sentiers de montagne ou les bords de rivière auvergnats nous offrent des paysages accueillant des écosystèmes locaux typiques mais aussi très fragiles.

Encore préservée de la main de l’homme, l’Allier reste une des dernière rivières sauvages d’Europe. Pourtant, en se promenant sur ses berges ou en canoë, nous constatons régulièrement la présence de pollution (odeurs de lessive, déchets divers sur les bords de la rivière). Indignés par ce genre de spectacle, nous décidons de réaliser le projet « Au fil de l’Allier ».

La rivière Allier


 

Source : Le Moure de la Gardille (Lozère), 1510 mètres d’altitude

Confluence : Bec d’Allier à Nevers (Nièvre), 167 mètres d’altitude

Longueur : environ 425 kilomètres

Trajet : traverse les départements de la Lozère, l’Ardèche, la Haute-Loire, le Puy de Dôme, l’Allier et la Nièvre.

On distingue – le Haut-Allier de sa source au bassin brivadois

- l’Allier de la Limagne à « bosses » de Brioude à Pont du Château

- l’Allier des plaines de Pont du Château au bec d’Allier

                    Utilisation : – autrefois navigable, elle n’est plus sillonnée que par quelques pêcheurs et       canoë-kayaks

- sert de carrière de granulats

                   – alimentation en eau potable et en irrigation

                   - couloir de migration pour une des faunes les plus diversifiées d’Europe

                   – lieu de détente, de pêche, de décharge…

 

LE PROJET

 Le projet consiste à descendre intégralement la rivière Allier, de sa source jusqu’à sa confluence avec la Loire, en V.T.T. et canoë biplace. Ce défi sportif, d’environ 425 kilomètres, est effectué dans une démarche « éco-citoyenne » (sans moyens motorisés). Il a pour objectif la réalisation d’un bilan écologique visuel de l’Allier grâce à des supports photos et vidéos réalisés durant l’aventure. À travers cette mise en relief des atteintes de la rivière Allier, nous espérons interpeller l’opinion de chacun afin de sensibiliser à la protection de l’environnement et de promouvoir la beauté de notre région Auvergne.

Au delà du caractère écologique, ce projet est avant tout celui de nos vacances estivales. Le but est donc de prendre du plaisir. Pratiquant la rivière Allier régulièrement mais seulement sur quelques portions, nous avons envie de découvrir l’Allier dans sa totalité. De plus, nous partageons tous les deux le désir d’échapper pour un temps à cette société stressée et pressée. C’est aussi pourquoi nous choisissons de ne pas programmer d’étapes. Nous nous laissons une quinzaine de jours pour réaliser la descente de la rivière ; en vivant au fil de l’eau, en harmonie avec la nature.

LE PROJET…EN

DÉTAILS

La descente intégrale de l’Allier se décompose de la façon suivante du fait de la non praticabilité de la rivière en canoë de loisir sur le Haut Allier :

  •  
    •  
      • une partie V.T.T. : de La Bastide Puylaurent jusqu’à Lavoûte-Chilhac en suivant les routes départementales qui longent la rivière

nombre de kilomètres : 120

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    •  
      • une partie canoë biplace : de Lavoûte-Chilhac jusqu’au Bec d’Allier vers Nevers

nombre de kilomètres : 305 environ

Durée du défi : environ 15 jours

Bivouac en tente chaque nuit dans les campings au bord de l’Allier ou camping sauvage

 

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Jour J-1 : Samedi 11 juillet

2009

Nous sommes la veille de notre aventure et celle-ci risque de ne pas voir le jour. Le canoë qu’on nous a prêté est fissuré et donc incapable de partir sur l’eau sans couler. Bien qu’envahis de tristesse, nous ne nous décourageons pas et partons pour une course à la recherche d’un moyen de navigation en bon état. Après avoir démarché tous les clubs de kayak de la région – ou presque , c’est le Club Omnisports Brivadois ( C.O.B.) qui nous prêtera gracieusement un de leur canoë ardéchois. Nous tenons donc à les remercier chaleureusement de nous donner les moyens de réaliser notre projet. Et c’est avec le coeur léger que nous prenons le train en fin d’après-midi à Issoire pour rejoindre, avec nos vélos, la petite ville de La Bastide Puylaurent. Pendant le trajet, nous admirons la magnifique ligne de chemin de fer qui surplombe l’Allier dans ses gorges. Il est difficile de s’imaginer comment des hommes ont pu tailler la montagne pour y installer une voie ferrée qui, de plus, s’intègre parfaitement au paysage naturel. Enfin, nous arrivons à La Bastide Puylaurent, où nous dormons en gîte d’étape après un repas copieux et quelques mots échangés avec le propriétaire des lieux qui s’avère très sympathique. C’est de ce lieu que commence notre aventure, en longeant l’Allier par la route. Beaucoup de questions nous viennent alors à l’esprit. Que va t-on découvrir au fil de cette rivière que nous pensons bien connaître puisque nous sommes originaires du Val d’Allier Brivadois et Issoirien ? Est-ce que le niveau sportif n’est pas trop difficile, surtout pour les bras fluets d’une fille…

Étape 1 : 12 juillet 2009

La Bastide Puylaurent – Alleyras (60

km)

Météo : chaud et ensoleillé

C’est sous un ciel bleu azur que notre aventure commence, au départ du pont de La Bastide Puylaurent. C’est donc à quelques kilomètres de la source de l’Allier, où la rivière rencontre les premières routes de l’homme, que nous enfourchons nos vélos. Ici, l’Allier n’est large que de trois ou quatre mètres seulement. L’eau est limpide. Les berges sont préservées de toute pollution visuelle. Le patrimoine s’intègre parfaitement à la rivière. L’endroit est paradisiaque. Nous connaissons la Lozère à pied grâce aux sentiers de Grande Randonnée (G.R.) mais, à vélo et sur route, les perceptions changent ; générant le sentiment de découvrir des paysages méconnus… L’effet est sensationnel ! Nous pédalons sur des zones de plat et traversons successivement le village de Luc, paré de son château, et la ville de Langogne par la Départementale 906. Là, des souvenirs du chemin de Stevenson – qui passe par ces deux communes – ressurgissent dans nos esprit. À la sortie de Langogne, nous empruntons la D 26 pour rejoindre l’étendue de Naussac. Cette dernière, constituée par le barrage du même nom, est immense – plus de 1000 hectares. Elle constitue une réserve d’eau destinée à soutenir les étiages de l’Allier et donc de la Loire, afin d’assurer le refroidissement des centrales nucléaires situées sur les bords du fleuve. Le plan d’eau engendre des conséquences néfastes pour la rivière. En effet, l’eau stagnante se réchauffe et entraîne un phénomène d’eutrophisation ; c’est à dire une augmentation du nombre de plantes aquatiques et une diminution du taux d’oxygène dans l’eau. Les écosystèmes se trouvent alors perturbés. En outre,sous la pression du tourisme grandissant, le lac artificiel a vu sa faune aquatique modifiée par l’introduction de perches et de sandres destinés à la pêche sportive. Ces carnassiers ont colonisé l’Allier en aval ; menaçant des espèces fragiles comme le saumon ou la truite. Un contraste émotionnel se crée entre l’impressionnante étendue et la réalité fonctionnelle de ce barrage, ses conséquences pour la survie de la rivière. Nous reprenons, après cet arrêt à Naussac, nos montures à pédales. Sur la D 126, nous alternons montées et descentes en traversant de somptueux petits villages avant d’entamer la descente sinueuse et technique qui mène à Chapeauroux via la D 988. Nous nous arrêtons pour déjeuner sur une plage de galets au bord de l’Allier. On en profite pour se baigner. Le lieu ne laisse transparaître aucune pollution humaine, même si Romain contraste ces propos car, ayant effectué auparavant cette partie de l’Allier en kayak, il est navré de constater que la rivière est polluée par de nombreux pneus agricoles et citadins. Repus et reposés, nous nous attelons à la côte de Saint Haon, longue d’environ six kilomètres, en suivant la D 40. La montée semble interminable mais nous la gravissons pour rejoindre par la suite Alleyras, où nous attendent Michel et Gérard, le père et l’oncle de Romain, dans la maison familiale. Après le repas du soir, Gérard nous emmène dans un endroit qu’il apprécie particulièrement. Il s’agit en fait d’une falaise qui surplombe les gorges de l’Allier. C’est tout simplement splendide. Il nous explique que, plus petit, il venait souvent là mais le lieu était beaucoup moins agréable puisque celui-ci servait de décharge. Puis, avec la naissance de la collecte des déchets dans les villages, le tas de détritus fut partiellement enlevé puis recouvert par la nature. Heureux mais fatigués par les soixante kilomètres parcourus aujourd’hui, nous nous endormons dans la chambrette de la vieille bâtisse.

Étape 2 : Lundi 13 juillet

2009

 Alleyras – Lavoûte-Chilhac (60 km)

Météo : chaud et ensoleillé

Après un bon petit déjeuner, nous partons d’Alleyras vers neuf heures pour descendre au Pont d’Alleyras. Quelques photos et nous voilà à nouveau en danseuse pour accéder au plateau sur les hauteurs. La côte n’en finit pas. Et enfin, nous parvenons aux petits villages qui surplombent la vallée. Bien que la rivière ne soit plus dans notre champs de vision, nous apprécions le passage fugace dans ces hameaux altiligériens. Il règne ici une certaine sérénité, agréable à contempler : le soleil, le chant des oiseaux, les maisons typiques en pierre, l’herbe qui borde la route… Un délice, tant pour les paysages que les bruits ou les odeurs de la campagne. Nous nous sentons chanceux d’être simplement là, à profiter du paysage. Pour s’offrir cet instant, pas besoin d’argent. Simplement un peu d’énergie pour gravir la côte. Une vraie revanche de la nature sur notre société de consommation où tout se monnaye. Une petite escale et nous repartons ! Le plateau laisse place à une belle descente sur Monistrol d’Allier, avec des pointes à plus de soixante kilomètres / heure. Un petit arrêt au pont de la commune s’impose. L’air qui passe à travers les arches métalliques de ce dernier produit un son analogue à un instrument à vent. De là où nous sommes, nous n’apercevons pas le barrage de Poutès qui se situe en amont de Monistrol. Seules sont visibles de grosses canalisations qui ont pour fonction la remontée de l’eau au barrage. Cet obstacle est actuellement au coeur des polémiques puisque des pétitions sur son avenir circulent. Concernant le saumon sauvage, Poutès est équipé d’un ascenseur à poissons efficace. Mais le problème ne se situe pas là où on le pense. En effet, la vraie difficulté reste la dévalaison. En descendant la rivière, les poissons sont guidés instinctivement par le courant. La retenue d’eau perturbe le saumon. Puisqu’il n’y a plus de courant, les tacons tournent en rond et se sédentarisent en eau douce, à la plus grande joie des cormorans qui n’en font qu’une bouchée. Une petite halte pour boire un cola, remplir les gourdes et nous quittons Monistrol pour s’attaquer avec pugnacité à une nouvelle côte sous un soleil brûlant. Après de nombreux coups de pédales et l’épuisement de nos réserves d’eau, surtout les miennes, nous atteignons les hauteurs de Prades, que nous rejoignons par une descente de cinq kilomètres environ. Nous nous arrêtons pour manger et se baigner sous les fameux orgues de Prades. Nous reprenons ensuite la route pour Chanteuges où nous allons visiter le Conservatoire National du Saumon Sauvage crée dans le cadre du Plan Loire Grandeur Nature. Nous terminons ensuite notre étape vers 17h30 en passant successivement vers les barrages de Langeac, du Chambon et de Lavoûte-Chilhac. Nous nous installons au camping de la commune pour la nuit. Après cent vingt kilomètres de V.T.T. depuis deux jours, nous troquons les pédales des vélos pour les rames du canoë. Un grand merci à Betty et Philippe, la mère de Romain et son compagnon, pour nous avoir apporté l’embarcation et récupéré nos vélos. C’est après avoir partagé quelques grillades que nous regagnons notre tente pour la nuit.

Étape 3 : Mardi 14 juillet

2009

Lavoûte-Chilhac – Brioude (24 km)

Météo : Soleil et nuages ; orageux le

soir

Il est 10 heures. L’heure du départ a sonné. Nous chargeons à bord de notre embarcation fluette vivres et vêtements. Et nous « levons l’ancre » , tels des marins, prêts à prendre le large. Les premiers coups de pagaies nous propulsent paisiblement sur cette rivière Allier qui va nous porter tout au long de notre pérégrination fluviale. La rivière est calme. Seuls quelques hérons nous observent lors de notre passage sur leurs terres. Des libellules nous accompagnent… Le ciel nuageux nous offre la fraîcheur qui nous a tant manqué la veille. Peu de pollution visuelle sur l’Allier aujourd’hui. Quelques pneus et bâches plastiques sont parsemés par endroit, mais de manière très ponctuelle. Des pompes servant à l’irrigation des cultures détournent l’eau de la rivière. Mais cette dernière partie du Haut Allier garde le caractère sauvage qui la qualifie. Une petite pause-déjeuner vers Villeneuve d’Allier nous permet de nous dégourdir un peu les jambes. Puis, se laissant porter par le courant, nous faisons une sieste dans le canoë. Et c’est très vite que nous arrivons au barrage du Moulin de Barreyre, micro centrale privée vers Vieille-Brioude. Cet obstacle de deux mètres de hauteur nous obligent à débarquer et nous devons porter successivement les bidons et le bateau en les hissant au travers de gros rochers. Je manque de me blesser avec le canot. Cette grosse glissière à détourner nous prend bien vingt bonnes minutes de notre temps. Nous rechargeons tout à bord et repartons. Nous passons sous le pont de Vieille-Brioude, un des trois plus vieux ponts de l’Allier avec celui de Pont du Château et Moulins. L’édifice résiste aux crues depuis sa création, en 1832. C’est vers 16 heures que nous rejoignons le camping de la Bageasse, qui se situe au même niveau que le barrage.

Étape 4 : Mercredi

15 juillet 2009

Brioude – Nonette (35 km)

Météo : Nuageux le matin ; chaud et

ensoleillé l’après-midi

C’est après une nuit orageuse que nous nous levons, prêts à entreprendre une seconde étape fluviale au coeur du Val d’Allier brivadois. Il est 10 heures 30 quand nous donnons les premiers coups de pagaies, devant le barrage de la Bageasse. Et ce dernier nous pose déjà difficulté. La manoeuvre s’annonce délicate. Dans un premier temps, il nous faut descendre le canoë sur la glissière à l’aide de cordes. Une fois l’embarcation au pied du barrage, je m’accroche tant bien que mal au béton et me hisse dans le bateau où je réceptionne les bidons que Romain me fait parvenir à bout de bras. Après quelques acrobaties, nous voilà prêts à repartir. Malheureusement, il nous faut tout recommencer juste en dessous du barrage car des arbres, datant probablement des crues hivernales, obstruent le passage. Nous sommes donc contraint de décharger le matériel à nouveau, d’attacher le canoë avec une corde et de le faire glisser sur une gravière en bord de rivière. Épuisés par tous ces portages, nous constatons qu’une heure s’est déjà écoulée depuis notre départ et que nous avons parcouru seulement une centaine de mètres. Nous pensons pourtant avoir réaliser le plus dur de la journée. C’est sans compter sur les nombreuses gravières que nous allons rencontrer aujourd’hui. Trop lourd pour glisser dessus, nous devons débarquer à chacune d’entre elles pour alléger notre embarcation. En effet, notre moyen de transport pèse déjà cinquante kilogrammes à vide ; poids auquel il faut rajouter soixante-dix kilogrammes de matériel et cent trente kilogrammes de canoéistes. Notre charge, atteignant alors deux cent cinquante kilogrammes, il est prévisible que nous nous enfoncions dans le faible niveau d’eau estival de l’Allier. Après maints et maints passages difficiles, nous nous éloignons progressivement de Brioude, ville où se visitent les aquariums de La Maison du Saumon et de la Rivière. Les paysages se modifient et l’Allier des gorges laisse place à celle de la plaine. De nombreux volatiles nous observent depuis le ciel et les berges de la rivière ; et notamment des hérons cendrés. Ces oiseaux majestueux restent difficile à approcher de près. Tout est dans l’art de ramer en silence pour pouvoir épier quelques secondes de plus cet animal si craintif. En naviguant, il est aisé de comprendre que la vie, qu’elle soit animale ou végétale, s’organise autour de la rivière. Chacun trouve sa place dans cet écosystème bien pensé. L’eau offre aux poissons gîte et couvert. La rypisylve y puise ce dont elle a besoin pour sa survie. Les oiseaux se nourrissent de poissons, de fruits… et se servent de la flore pour leur habitat. En contrepartie, ils participent à la dissémination des graines, assurant la prolifération des plantes… La rivière est donc animée chaque jour par les activités de ses habitants. De nombreuses espèces se côtoient, vivent ensemble, dans l’harmonie la plus totale. C’est avec la plus grande attention que nous contemplons ces véritables scènes de vie. Mais, bien que le décor soit magique, notre plaisir des yeux est gâché ponctuellement par la main de l’homme. Des pneus de plus en plus fréquents, des bidons, des décharges sauvages, un matelas pneumatique crevé laissé sur une plage, un caddie… viennent ternir le charme de ces lieux. C’est vers 16 heures seulement que nous arrivons au barrage de l’Auzon. Cet ancien déversoir de la Taupe, ex-centrale thermique, barre la rivière. Nous réalisons donc un nouveau portage. À cet endroit, d’énormes tiges métalliques rouillées gisent dans l’eau. À quelques mètres seulement, des enfants se baignent pieds nus. Affligent ! Nous pique-niquons sur la petite plage en dessous du barrage sans nous attarder car nous voulons profiter de cette belle journée pour naviguer un peu plus. C’est donc sous un soleil étincelant que nous repartons. En réalisant tous ces portages à chaque barrage, on imagine aisément la difficulté des poissons à franchir de tels obstacles. Enfin, vers 19 heures, éreintés par les coups de pagaies et brûlés par un soleil cuisant, nous arrivons au camping de Nonette où nous passons la nuit. Le sommeil ne tarde pas à venir, après cette journée éprouvante.

Étape 5 : Jeudi 16 juillet

2009

Nonette – Les Martres de Veyre (30

km)

Météo : chaud et ensoleillé ; orage

violent le soir

C’est après notre rituel quotidien de rangement et de portage du matériel jusqu’au canoë que nous embarquons vers 10 heures. Malgré les efforts conséquents de la veille, la fatigue ne se fait pas ressentir. Et, chaque matin, nous repartons sur l’eau ; rêvant les yeux ouverts et profitant des moments que nous offre cette petite aventure. Aujourd’hui, la navigation s’avère plus confortable car, sur cette partie de l’Allier, le niveau d’eau est suffisant et de nombreux rapides assurent un courant régulier. C’est en dépassant Issoire que nous quittons le Val d’Allier brivadois pour entrer dans la Limagne à « bosses ». Nous arrivons vers midi au pont d’Orbeil, aussi appelé « pont du diable » où nous franchissons avec succès un rapide technique. Puis, l’Allier devient assez singulière. En effet, la rivière est longée par l’autoroute A75 sur une dizaine de kilomètres. Depuis le cours d’eau, le son produit par les voitures lancées à quatre vingt dix kilomètres / heure est assourdissant. Cette pollution auditive est probablement responsable de la moindre visibilité de la faune dans cette zone géographique. À Coudes, nous faisons une halte pour se rafraîchir et surtout pour échapper à la chaleur cuisante qu’impose le soleil. Mais il faut continuer ! L’air est si brûlant que nous guettons la moindre parcelle d’ombre où mener notre embarcation. On se mouille le corps afin de diminuer cette sensation étouffante. Nous ramons au fil de l’eau. Au pont de Longues, de nombreux baigneurs profitent de la plage. Les enfants s’arrosent, sautent dans l’eau du haut de quelques rochers. Les parents, quant à eux, surveillent ce qui se passe, tout en se faisant dorer au soleil. Cette bien jolie scène s’efface vite de notre mémoire à la vue, cent mètres plus bas, de bouteilles en plastique et en verre cassé, flottant dans l’eau. Ce « flagrant délit » de pollution suscite une incompréhension la plus totale. Comment peut-on polluer un site où on vient régulièrement se détendre ? Comment peut-on jeter des tessons de verre au fond de la rivière, tout en sachant que cela va altérer la sécurité de la baignade ? C’est vers 18 heures 30 que nous débarquons au camping des Martres de Veyre où nous décidons de passer la nuit. La météo ayant annoncé une soirée orageuse, nous louons une grande tente chapiteau dans ce tout petit camping familial. Mais, avant de pouvoir s’installer, il nous faut porter canot et matériel – une fois de plus – sur une cinquantaine de mètres environ. Nous qui pensions que le plus dur serait de ramer… Une véritable galère à chaque fois ! À peine le matériel à l’abri qu’une pluie électrique déferle du ciel. Installés confortablement et au sec, nous dressons un bilan de la journée : encore des pneus, des bidons, des bouteilles en plastique, des rejets d’eaux sales… Il est incontestable que plus l’homme est présent autour de l’Allier, plus la pollution est importante.

Étape 6 : vendredi 17

juillet 2009

Les Martres de Veyre – Pont du

Château (15 km)

Météo : nuageux et frais

Nous nous réveillons tranquillement vers 9 heures, après une nuit orageuse. Pluie, grêle, éclairs… se sont abattus sur le camping jusqu’à 2 heures 30 du matin. Et c’est vers midi que nous partons sur l’eau. Sous un ciel maussade, nous naviguons sur une Allier sale aujourd’hui. Servant de décharge, la rivière est parsemée de pneus citadins et agricoles, de déchets en tout genre et parfois insolites, comme une poussette ! En arrivant à Cournon, nous découvrons comment l’homme a réussi à dompter cette rivière sauvage. En effet, les berges de l’Allier sont enrochées pour empêcher l’eau de sortir de son lit, lors des crues. Or, cet enrochement génère des conséquences néfastes pour le cours d’eau. En empêchant l’érosion latérale, l’Allier ne peut plus se dépolluer ni se recharger en sédiments. Elle creuse donc son lit et se rétrécit. En outre, l’enrochement des berges n’évite pas le « problème » mais le délocalise puisqu’il accentue le phénomène de crue en aval. Véritable paradoxe, cet artifice protège les ponts et les habitations de l’homme mais emprisonne la rivière et pollue les réserves en eau potable si précieuses et de plus en plus rares ! En dépassant Cournon, l’orage est imminent. C’est à la force des bras que nous échappons à l’averse localisée. Au fil de l’eau, nous apercevons sur les berges d’autres déchets comme des pneus mais aussi une machine à laver, un coffre-fort… Après une petite étape et un bout de chemin avec quelques canoéistes, nous nous arrêtons à Pont du Château. Comme le camping ne se situe pas à proximité de l’Allier, nous laissons notre bateau au club de kayak de la commune. Un moniteur de la base nous accompagne en voiture jusqu’à l’hôtel l’Estredelle, où nous dormons ce soir. Il est 17 heures. Comme nous avons un peu de temps devant nous, une visite du Musée de la Batellerie, situé dans le centre ville de Pont du Château, s’impose. Le guide nous explique comment la rivière a été capitale pour l’économie auvergnate jusqu’en 1870. Véritable artère dynamique, elle générait nombre de métiers disparus aujourd’hui ! Petite anecdote concernant le saumon sauvage : au dix-neuvième siècle, les mariniers négociaient à l’embauche pour ne pas avoir de saumon dans leur assiette plus de trois jours consécutifs. Deux siècles plus tard, le saumon a quasiment disparu de la rivière Allier. De retour à l’hôtel, nous prenons une douche puis allons dîner vers 19 heures 30. Et, c’est dans un lit confortable que nous nous endormons.

Étape 7 : samedi 18 juillet

2009

Pont du Château – Luzillat (25 km)

Météo : ensoleillé ; orageux la nuit

Cette septième journée de la descente de l’Allier commence bien. Le soleil brille dans un ciel bleu azur. Nous avons dormi dans un lit… le bonheur ! Si ce confort nous apparaît habituellement anodin, quelques nuits dans un sac de couchage et des journées sportives nous rappellent à quel point c’est un luxe. Grâce à ce genre de périple, on apprend à découvrir du bien-être là où on ne l’imagine même pas. Quand dormir dans un lit, prendre une douche ou manger un repas chaud… n’est plus quotidien, nous prenons conscience du plaisir que cela procure. Toutes ces choses simples que nous exécutons machinalement tous les jours redeviennent alors magiques. Ce voyage « au fil de l’Allier » nous permet de retrouver nos véritables besoins, loin de ceux crées par notre société de consommation. Aujourd’hui, nous quittons Pont du Château et la Limagne « à bosses » pour entrer dans la dernière partie : l’Allier des plaines. Et déjà, une première difficulté s’impose à nous. Un ancien barrage sous le pont de la commune nous oblige à repérer les lieux. Nous accostons vers les quais datant de l’époque de la batellerie. Là, la rivière est tellement sale que nous prenons la précaution de ne pas mettre les pieds dans l’eau en descendant du canoë. Des bouteilles en verre et en plastique mais aussi un cadavre de poisson et de rat, flottent au milieu des algues aquatiques et de la mousse. Au regard d’un tel spectacle, nous ne traînons pas et décidons de franchir cette grosse glissière. Et c’est avec succès que nous passons le rapide pour atteindre, quatre kilomètres plus bas, le seuil des Madeleines. Juste avant la cassure, nous sommes dans l’obligation de débarquer en raison de l’effleurement de grosses plaques de marne sur une centaine de mètres. Nous constatons alors les conséquences de l’activité humaine sur la rivière ( ponts, barrages, extraction de granulats, enrochement des berges… ). En effet, ces entraves à la dynamique fluviale oblige l’Allier a creusé son lit jusqu’au substratum marneux, créant des seuils qui gènent la remontée des poissons migrateurs. Comme il s’agit d’un infranchissable, un repérage est nécessaire. Rive gauche, nous déchargeons, transportons les affaires plus bas et faisons glisser le canoë à l’aide d’une corde au milieu des remous. Romain reste en amont pour retenir le bateau dans le rapide. Quant à moi, je me suis placée en aval afin d’assurer la réception. Pendant l’opération, Romain glisse sur le calcaire, tombe et manque de lâcher la corde attachée à l’embarcation. Heureusement, les conséquences sont bénignes : seules quelques douleurs au coccyx se font ressentir. Cette difficulté franchie, nous repartons en laissant derrière nous une famille de canoéistes qui a eu la mauvaise idée de tenter le passage en plein milieu. Bloqués dans la cassure, ils sont contraints de faire comme nous en descendant de leurs bateaux. Sous les rayons du soleil, nous pagayons. Quelques kilomètres plus bas nous attend une nouvelle difficulté. Une autre cassure artificielle liée à l’enrochement, protège le pont autoroutier de l’A89. Le débarquement, à première vue impossible, nous oblige à imaginer un portage compliqué. C’est ainsi que nous hissons à bout de bras le canoë et le paquetage à travers un oblique de gros cailloux sous le pont. Puis, un portage sur cent cinquante mètres de plat et une descente très « encordée » nous permettent l’accès en dessous de l’obstacle. Après une heure d’efforts herculéens, nous sommes prêts à reprendre la navigation. Malgré l’éloignement des habitations, des traces de l’homme transparaissent tout de même. Ainsi, de nombreuses bouteilles en plastique remplacent les déchets caoutchouteux. En arrivant vers Joze, un passage se profile à l’horizon. Arrivés au dessus de la difficulté, un bruit sourd nous fait penser qu’il s’agit d’une grosse vague. Après quelques moments d’hésitations à tournoyer au dessus du rapide, nous prenons une dernière bouffée d’oxygène et nous nous élançons tels des sprinters en compétition. Le bateau s’engouffre dans la chute et se relève, porté par les vagues. Malgré les deux cents kilogrammes de notre embarcation, nous nous sentons petits face à la puissance de l’eau qui secoue notre canoë comme du bois mort. Grâce à une bonne coordination, nous franchissons avec aisance ce nouveau rapide. L’instant fût bref mais très riche en émotions. À peine sortis de cette difficulté, nous pagayons énergiquement pour rejoindre la plage de galets à côté du rapide. Nous décidons de déjeuner face à cette vague que nous venons de dompter. Grâce à un bon esprit d’équipe construit au fil de nos aventures, quelques jours de canoë biplace suffisent pour obtenir une bonne synchronisation des mouvements ; optimisant l’efficacité de nos efforts. Le ventre plein, nous continuons ensuite notre chemin dans les méandres de l’Allier, dévoilant de nombreuses plages de galets. La faune locale et, notamment des oiseaux, apparaissent et disparaissent dans leurs nids troglodytes. Drôles d’habitations que ces trous creusés dans la falaise de terre. Quelques hérons, les pattes dans l’eau, traquent leur repas du soir… Un peu plus loin, notre regard est attiré par des lignes reliant chaque berge. En fait, il s’agit de pêcheurs un peu originaux. Depuis la ive gauche, où ils sont installés tranquillement, ils attendent que la carpe morde à l’hameçon installé sur la rive opposée à l’aide d’un kayak. En minimisant le bruit, ce système peu banal s’avère efficace ! C’est vers 17 heures que nous dépassons Crevant-Laveine pour arriver vers Luzillat, où la Morge rejoint l’Allier. Ici, des sacs poubelles sont immergés dans l’eau. Nous n’osons les ouvrir de peur de découvrir quelque chose d’immonde. Un tricycle d’enfant, un tambour de machine à laver et d’autres déchets contrastent avec la rencontre d’un habitant un peu particulier. Il s’agit en fait d’un ragondin qui, surpris par notre passage, regagne la ripisylve pour échapper à notre champ de vision. Enfin, nous décidons de bivouaquer dans les environs de la commune de Luzillat, sur une plage de galets en bord d’Allier. Je monte la tente pour m’y réfugier afin de me protéger des moustiques, assez nombreux et virulents. Romain prépare le dîner et s’occupe d’allumer un feu ; ce qui donne une ambiance d’aventure à notre soirée.

Étape 8 : dimanche 19

juillet 2009

Luzillat – Vichy (25 km)

Météo : soleil et nuage

Nous nous réveillons au bord de l’Allier, après avoir mal dormi, à l’étroit dans la tente. En effet, afin de diminuer le poids du paquetage, nous avons choisi de partir avec une tente de montagne, légère mais petite. Romain dort encore quand je me lève vers 9 heures pour préparer le petit déjeuner. Et c’est après un bon chocolat chaud que la propriétaire du terrain où nous avons bivouaqué, vient à notre rencontre, accompagnée de quatre gros chiens de chasse. Un peu effrayés par cette visite, nous décidons de ne pas trop tarder à repartir sur l’eau. En repliant nos affaires, Romain réalise qu’il n’est pas très prudent de faire un feu à seulement un mètre de la tente puisque cette dernière a été trouée par la braise dispersée par le vent. Cette partie de la rivière est calme et apparaît plus saine. Nous dépassons Limons et déjeunons sur une plage un peu après la confluence entre la Dore et l’Allier au pont de Ris. Nous nous laissons surprendre à faire une sieste d’une demie heure sur le canoë avant de pagayer à nouveau en direction de Vichy. En silence, nous descendons la rivière, sous le regard des hirondelles, hérons cendrés, aigrettes garzette et même un ragondin. Comme nous ramons tranquillement, nous avons le temps d’observer la ripisylve et ses habitants… mais aussi quelques décharges sauvages entre Saint Yorre et Vichy. Et, vers 17 heures, nous arrivons au camping de Bellerive où nous nous installons pour la nuit. Demain, nous pensons rejoindre Billy, situé à 15 kilomètres en aval.

Journée repos : lundi 20

juillet 2009

Vichy

Météo : chaud et ensoleillé

Nous nous levons vers 9 heures 30. Pensant partir vers midi, nous allons nous baigner à la piscine du camping. Et, après réflexion, nous décidons d’annuler l’étape prévue et de rester au camping de Bellerive. Bain de soleil et détente ; voilà le programme de la journée. Il est également intéressant de s’arrêter quelques instants à l’Observatoire des poissons migrateurs situé au niveau du barrage de Vichy.

Étape 9 : mardi 21 juillet

2009

Vichy – Châtel de Neuvre (30 km)

Météo : très chaud et ensoleillé

Il est 7 heures 30 quand nous nous levons. La pause de la veille nous a fait le plus grand bien. C’est donc vers 9 heures que nous quittons le camping à bord de notre embarcation. Nous naviguons sur le « lac d’Allier », formé par le barrage et créé pour l’aménagement d’une zone de loisirs nautiques. Cette retenue d’eau nous semble interminable! En effet, nos coups de pagaies paraissent inefficaces dans cette eau stagnante. Nous mettons presque une heure avant d’atteindre le barrage. C’est alors que commencent les portages. Nous débarquons une première fois pour rejoindre une dérivation de la rivière. Sur ce petit canal, nous croisons quelques canards et un ragondins avant de rejoindre le début du bassin d’eau vive. Un nouveau débarquement avec portage sur près de cinq cent mètres est nécessaire pour retrouver l’Allier en dessous de l’obstacle. La tâche est longue et fastidieuse. Je m’occupe du transfert des bidons. Pendant ce temps, Romain s’applique, tel un forçat, à tirer le canoë jusqu’à la plage. Au prix de quelques suées et de nombreux allers retours entre le bassin artificiel et la plage, notre paquetage est enfin réuni au bord de l’eau. Il est déjà 11 heures quand nous quittons la ville de Vichy et son pont-barrage où a été aménagé une passe ainsi qu’un observatoire des poissons migrateurs. Aujourd’hui, il fait chaud… trop chaud ; et nous n’avons presque plus de crème solaire. C’est donc avec des tee-shirts mouillés que nous nous protégeons des rayons du soleil brûlant. Nous passons le pont Boutiron puis le pont SNCF avant d’arriver dans les environs de Billy vers 13 heures. C’est là que nous nous arrêtons pour déjeuner, à l’ombre bien sûr! Après une courte pause, nous repartons. Malgré la chaleur étouffante, nous apprécions le trajet sur l’Allier des plaines qui coule doucement vers sa confluence avec la Loire. Seule ombre au tableau : des bancs de jussies, plantes importées d’Amérique du Sud pour l’ornement des aquariums, s’étendent sur plus de cinq cent mètres de rive par endroit. Nuisible, elle consomme une grande quantité d’oxygène, modifiant profondément le fonctionnement des écosystèmes locaux. Dix kilomètres en aval de Billy, nous entrons dans la réserve naturelle du Val d’Allier. Là, le spectacle est grandiose. Une multitude d’oiseaux nous offre un concert peu commun. En effet, tous chantent et créent un son mélodieux qui rompt le silence pour notre plus grand plaisir. Émerveillés, nous contemplons longuement le ciel et la ripisylve afin de découvrir cette faune à plumes. Bien sûr, de nombreux hérons cendrés et aigrettes garzette occupent les lieux. Nous observons aussi des rapaces tels que le milan royal et le milan noir. Des sternes pierregarin nichent sur les berges tandis que leurs cousines, les sternes naines, plongent dans l’eau pour attraper leur dîner. Impressionnant! Ces petites hirondelles de mer sont si rapides qu’il ne leur faut que quelques secondes pour plonger et ressortir de l’eau avec un poisson dans le bec. Enfin, des petits oiseaux en grand nombre comme des hirondelles nous suivent en volant de branche en branche.C’est vers 18 heures 30 que nous arrivons au pont de Châtel de Neuvre. Le bivouac sauvage étant interdit dans la réserve naturelle, nous nous installons dans un camping en bord d’Allier. Mais il nous faut quand même réaliser un nouveau portage sur plus de deux cents mètres pour accéder à un camp assez original où l’expression « guten tag » est plus employée que « bonjour ». En effet, les propriétaires et la majorité des campeurs sont allemands. De plus, les lieux sont encadrés par une charte écologique. Après avoir fait connaissance avec le patron, nous mangeons au snack puis regagnons notre tente avant d’essuyer un nouvel orage. Malgré une navigation épuisante, nous nous endormons ravis par cette étape dans la réserve naturelle. L’ambiance décalée du camping ne fait que rajouter du charme à cette journée, nous confortant dans l’idée que l’homme peut vivre en harmonie avec la nature.

Étape 10 : mercredi 22

juillet 2009

Châtel de Neuvre – Moulins (20 km)

Météo : chaud et ensoleillé

C’est avec un beau soleil que nous nous réveillons vers 8 heures 30. Heureux d’avoir encore une journée estivale, nous nous préparons puis portons ou plutôt traînons le bateau et les affaires jusqu’au bord de l’eau. Comme nous, une famille embarque depuis le camping. Nous ramons et poursuivons notre parcours dans la réserve naturelle du val d’Allier. Les paysages demeurent aussi sauvages que magnifiques. Le cours d’eau est paisible. De longues plages de galet bordant la rivière confère un caractère idyllique à cet endroit vierge de toute pollution visible. Une multitude d’oiseaux et notamment des rapaces planent dans le ciel en contemplant les étrangers que nous sommes en ces lieux. Sans forcer, nous atteignons rapidement les alentours de Chemilly où nous faisons une pause-déjeuner. Fatigué par un mauvais sommeil depuis le début de l’aventure, Romain en profite pour s’assoupir quelques instants dans le canoë et me laisse maître de l’embarcation. Et c’est avec plaisir que nous nous laissons porter par le faible courant. Ma pagaie effleure l’eau uniquement pour diriger le bateau. Hormis deux stations de pompage et un chantier d’enrochement, la sérénité règne. Mais cela indique que nous avons quitté la réserve et que nous nous approchons doucement de la ville de Moulins. Et, en effet, nous apercevons peu de temps après les premières habitations. Là, une averse fugace nous fait accélérer la cadence pour rejoindre finalement le camping municipal de Moulins situé juste en amont du pont Régemortes. Bien installés, nous partons nous balader dans le centre ville pour faire quelques provisions et dîner au restaurant. Désirant visiter l’espace nature du val d’Allier, géré par la Ligue Protectrice des Oiseaux ; nous décidons de rester une journée de plus à Moulins.

Journée repos : jeudi 23

juillet 2009

Moulins

Météo : nuageux et averses orageuses

Une journée de repos nous permet de récupérer ; même si la fatigue n’est pas si importante que cela. Les oiseaux sont toujours à l’honneur à Moulins avec l’espace nature du val d’Allier. Une visite étonnante nous permet de mieux comprendre la rivière et les écosystèmes qui vivent autour.

Étape 11 : vendredi 24

juillet 2009

Moulins – Le Veurdre (30km)

Météo : nuageux et frais

Après un réveil en douceur, nous sommes prêts à repartir pour une onzième étape en terres d’Allier. Nous chargeons à nouveau le canoë avec l’aide du gardien du camping qui, de bon coeur, transporte nos bidons vers la plage avec son quad. Après l’avoir remercié, nous quittons la terre ferme vers 9 heures 30. Sous le pont Régemortes, un barrage obstrue la rivière. On décide de ne pas débarquer mais de faire glisser le canoë sur la passe à poissons. À l’aide de cordes, je retiens le bateau tandis que Romain le dirige en le tenant à l’avant. Notre système fonctionne parfaitement. Nous prenons à nouveau place dans le canot avec une jolie vue sur des sternes pierregarins qui nichent sur une île. Peu à peu, les galets des plages sont remplacés par du sable fin. Il n’y a plus de méandres mais de grandes lignes droites. L’Allier s’élargit de plus en plus. Les eaux torrentielles du Haut-Allier ont laissé place à un long fleuve tranquille, au fil des kilomètres. Ces paysages façonnés par la nature depuis des millénaires nous renvoient à la petitesse de notre existence face à celle de notre planète. Nous avons la chance d’observer encore beaucoup d’oiseaux au fur et à mesure que les habitations humaines disparaissent de notre champs de vision. Après un arrêt pour déjeuner vers Villeneuve d’Allier, Romain, comme à accoutumée, fait la sieste. Je reste donc maître à bord pour environ une demie heure. J’en profite pour photographier quelques aigrettes ; ce qui me fait oublier que je dois diriger le bateau. Aussi, je le laisse dériver et il se coince dans une gravière. Bravo ! Ici, il y a peu de pollution visible : un ou deux pneus égarés par la crue, quelques bouteilles en plastique… La navigation est facile malgré le faible courant. Sous un ciel maussade, nous atteignons le pont de la commune du Veurdre. Là, un couple de bergers allemands, seul, se câline sur une plage tel des amoureux. Mignon ! Malheureusement, un spectacle moins plaisant nous attend puisque nous découvrons la carcasse échouée d’un castor sur une île. Dévorée par les mouches et les vers, la bête n’est identifiable que par sa queue plate encore intacte. Un peu plus bas, nous rencontrons deux pêcheurs qui nous expliquent qu’ici, il n’y a pas de camping en bordure d’Allier. Témoignant d’une importante diminution du nombre de poissons, ils expriment leurs inquiétudes quant à l’avenir de la rivière. En continuant, nous arrivons près d’un domaine d’où s’échappe de la musique. Des drapeaux moyenâgeux et des embarcations en bois attisent notre curiosité. Nous accostons plus bas pour savoir de quoi il retourne. Nous remontons à travers prés et broussailles au milieu des vaches pour rejoindre la bâtisse. En fait, nous découvrons une fête médiévale organisée par l’association « La Chavanée » qui s’occupe aussi du musée de la batellerie. Après avoir fait le tour des lieux et discuté avec quelques festivaliers, nous décidons de camper vers le domaine. Nous nous installons donc en bord d’Allier sur une petite plage de sable fin. Le repas est prêt quand les quelques rayons de soleil disparaissent pour laisser place à une courte averse mais intense. Réfugiés dans la tente, nous dînons tant bien que mal à l’étroit et couchés. Il est plus de 22 heures quand nous décidons de nous coucher. Mais nous rencontrons un problème. En effet, une partie de la tente s’effondre. Le sable meuble ne permet pas aux sardines de rester fixées. Après quelques vaines tentatives pour redresser la toile, nous nous résignons à dormir comme cela. Et c’est avec le toit de la tente sur la tête que nous nous endormons bercés par le coassement des grenouilles.

Étape 12 : samedi 25

juillet 2009

Le Veurdre – Le Bec d’Allier (25 km) /

Fourchambault

Météo : nuages et soleil

Après une nuit difficile, nous nous levons sous un ciel tantôt ensoleillé, tantôt couvert. Ça y est! Nous sommes à la dernière étape de notre petit périple. Nous quittons notre plage de sable pour donner les derniers coups de pagaies qui nous mèneront au bec d’Allier. Nous passons un premier pont pour ensuite découvrir à nouveau les trésors cachés de cette si belle rivière. En effet, une colonie de cigognes s’est installée un peu avant Apremont pour nicher. Merveilleux! Ces oiseaux apparaissent comme un espoir pour l’Allier ; prouvant que ce lieu peut encore offrir une certaine qualité de vie. Nous nous arrêtons discrètement pour contempler leurs nids si caractéristiques. Plus bas, nous déjeunons sur une plage de sable. N’ayant plus de gaz, Romain ramasse du bois des crues précédentes et allume un feu pour faire chauffer notre repas, tel des Robinsons. Il nous faut aussi nous débrouiller avec les moyens du bord pour remplacer le papier toilette. Pas évident mais inoubliable! Dépassant Apremont, son château et ses bâtisses traditionnelles en compagnie d’un groupe de canoës, nous arrivons au barrage des Laurins que nous franchissons facilement grâce à la technique des cordes. Un peu plus loin, nous passons le pont SNCF pour atteindre ensuite la cassure du pont du Guettin ou pont canal de dix-huit arches. Il nous faut alors débarquer rive droite. Nous croisons de nouveau la famille rencontrée à Châtel de Neuvre. Un portage est nécessaire sur un petit chemin conduisant en dessous de la cassure. Et enfin, après plus de quatre cents kilomètres en vélo et en canoë, nous arrivons au bec d’Allier, où la rivière se jette dans la Loire. Nous nous arrêtons pour immortaliser l’événement. Le moment est intense. Nous réalisons tout le chemin parcouru depuis la source de la rivière. Nous prenons conscience de la fin de notre aventure et une certaine nostalgie nous envahit. Nous sommes fiers de notre duo. Les moments difficiles s’envolent. Tous les bons moments, les soirées au bord de l’eau, les somptueuses images de paysages, de faune et de flore défilent dans nos esprits. C’est heureux que nous continuons la navigation sur la Loire pour atteindre Fourchambault, où nous dormirons. N’apercevant pas le camping, nous descendons trop bas et remontons ensuite à contre-courant le fleuve sur plus d’un kilomètre. L’exercice est rude mais comptant sur la bonne maîtrise de navigation de Romain, une seule tentative est nécessaire. Perdus dans un bras mort truffé de bouteilles en plastique et de restes de Mc Donald’s abandonnés, nous débarquons et portons une fois de plus le canoë et le matériel sur la même distance pour arriver au camping vers vingt heures trente. Épuisés, nous partons à la recherche d’un restaurant en vain puisqu’ils sont tous fermés. Affamés, nous rentrons et empruntons un réchaud pour manger des pâtes natures, à la lueur de nos lampes frontales. Finalement, nous nous couchons assez tard. Le lendemain, le père de Romain vient nous chercher. Notre voyage sur l’Allier est fini mais nous laisse éblouis par cette rencontre avec celle qu’on qualifie comme l’une des dernières rivières sauvages d’Europe.

 

Au fil de l’Allier…

… un bilan écologique

Notre aventure nous a permis de découvrir des paysages envoûtants, mêlant des reliefs diversifiés et une faune insolite. Des rencontres singulières et des visites tels que celles de la salmoniculture de Chanteuges ou la Maison de la nature à Moulins ont enrichi notre connaissance de la rivière et de ses habitants. Après plus de quatre cents kilomètres en étroite relation avec son lit, nous sommes malheureusement désolés de constater que l’Allier est régulièrement victime de pollution : décharges sauvages, pillage des alluvions, enrochement, barrages, cultures, introduction d’espèces nuisibles, polluants divers… Loin de l’appellation livresque de « rivière sauvage », c’est un cours d’eau « malade » qui traverse le coeur du Massif Central. Nous pouvons le dire. L’Allier est en danger! Si la main de l’homme a dégradé et dégrade encore cette formidable ressource en eau potable ; il prend néanmoins conscience, aujourd’hui, de sa fragilité. C’est ainsi que des actions sont menées pour préserver la rivière. Les réseaux d’eaux usées se multiplient. Les stations d’épuration de modernisent. Les pompages en eau sont réglementés. Les décharges sauvages sont interdites. Des organismes, associatifs ou non, s’investissent pour la sauvegarde d’espèces en danger tels que le saumon sauvage ou la sterne. Une réserve naturelle a même été créée. Mais, au delà de ces mouvements, il apparaît essentiel que chacun contribue à la préservation des lieux sauvages sur la rivière Allier.

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Remerciements

C.O. BRIOUDE pour le prêt du canoë

U.S. ISSOIRE pour le prêt des bidons

Le Comité Régional d’Auvergne du Canoë-kayak pour le prêt des pagaies et bidon

Club de canoë-kayak de Pont du Château pour leurs conseils et pour nous avoir laissé entreposer le canoë

Betty et Philippe pour leur soutien, le transport des V.T.T et du canoë et le ravitaillement

Michel et Gérard pour leur soutien, le transport du canoë, l’hébergement et le ravitaillement

Bernadette et Jean-François pour leur soutien et le ravitaillement

Laurène et Mickaël pour le montage du film « Au fil de l’Allier » et le prêt d’un ordinateur

Les collègues de travail de Romain pour leurs encouragements lors de notre passage à Vichy

La salmoniculture de Chanteuges pour leur accueil

Info Magazine et La Montagne pour leurs articles de presse

Le Festival du Voyage Aventure pour la diffusion de notre aventure

Toutes les personnes qui nous ont aidé, de près ou de loin, dans la réalisation et la diffusion de notre aventure

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